Non, c’est pas ça ! (Treplev variation)

– Prix du public Impatience 2016 –

Rater. Réussir (sa vie). Qu’est ce que cela signifie encore pour nous dans une société où il ne semble plus y avoir d’idéal ?

Nous sommes partis de l’œuvre fondatrice La Mouette d’Anton Tchekhov. Mais ce n’est pas ça, ce ne sera pas ça, ce ne sera pas La Mouette. Pas une adaptation, ni même une réécriture, plutôt une digression, une variation inspirée de l’œuvre. Les thèmes, les réseaux de sens contenus dans la pièce de Tchekhov ont été déclinés pour recomposer et écrire un objet fictionnel autour d’un spectacle en échec. La musique jouée en direct accompagne et constitue un pont vers la mise en distance du réel. Errants entre espoir et découragement, nos protagonistes interrogent la pression, la course à la réussite dans cette « culture du narcissisme ». Le ratage peut-il être choisi plutôt que subi, comme une alternative aux modèles de réussite ? Car nous ne nous reconnaissons pas seulement en Treplev ou Nina mais aussi dans l’inassouvissement, le combat pour vivre dans des rêves non réalisés que tous les personnages de Tchekhov portent en eux. Ils sont, nous sommes, tous des Mouettes.

Librement inspiré de La Mouette d’Anton Tchekhov
Traduction Marina Voznyuk
Adaptation, écriture et mise en scène Le Grand Cerf Bleu / Laureline Le Bris-Cep, Gabriel Tur, Jean‐Baptiste Tur
Avec Coco Felgeirolles, Laureline Le Bris‐Cep, Gabriel Tur, Jean-Baptiste Tur
Assistante à la mise en scène Juliette Prier
Création et régie lumière Xavier Duthu
Regard scénographique Jean-Baptiste Née
Administration, production, diffusion Léa Serror
Photos © Simon Gosselin

Production Collectif Le Grand Cerf Bleu / Coproduction Théâtre SortieOuest, Domaine de Bayssan – BéziersAvec le soutien du Théâtre de Vanves, du Théâtre Paris-Villette, du Jeune Théâtre National et de Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines.

Ce spectacle reçoit le soutien de Réseaux en Scène – Languedoc-Roussillon et de l’ONDA. Ce spectacle est lauréat du Prix du Public Impatience 2016.

• Le 27 mai 2015 – Théâtre de Vanves – Festival Préliminaires 2015 (92)
• Les 9 et 10 novembre 2015 – Festival Fragments – Jeune Théâtre National, Paris (75)
• Du 10 au 12 mars 2016 – SortieOuest – Domaine de Bayssan, Béziers (34)
• Du 9 au 11 juin 2016 – Festival Impatience – Le CENTQUATRE-PARIS (75)
• D
u 18 au 20 octobre 2016 – Théâtre de Vanves (92)
• L
e 6 avril 2017 – Scène nationale d’Aubusson (23)
• L
e 29 août 2017 – La Mousson d’Été – Centre dramatique national de Nancy-Lorraine (54)
• D
u 5 au 14 octobre 2017 – Le CENTQUATRE-PARIS (75)
• L
es 24 et 25 novembre 2017 – Théâtre Sorano – Festival Supernova, Toulouse (31)
• L
e 29 mars 2019 – L’Éclat – Grand Cerf Bleu Week, Pont Audemer (14)
• L
e 10 mai 2019 – Théâtre de Châtillon (92)
• L
es 15 et 16 mai 2019 – Théâtre de l’Union – Centre dramatique national du Limousin ( 83)
• Le 3 août 2019 – Théâtre de Verdure, Vagney (88)

Télérama : « Une adaptation décoiffante de La Mouette »
Le Canard enchaîné : « Le collectif Le Grand Cerf Bleu s’est bien amusé et nous aussi. »
Les Trois Coups : « Avec génie, la création parvient à redonner vie au texte fondateur. »
L’Oeil d’Olivier : « Un spectacle décalé, un brin mélancolique, tout aussi jouissif que brillant. »
Inferno : « Une non-Mouette inspirée, drôle et sensible à la fois. »

JB_ Comment ça se fait que tu es tout le temps en noir ?
LOLO_ Je porte le deuil de ma vie. Je suis malheureuse.
JB_ Mais pourquoi ? Franchement, je ne comprends pas… Tu es en bonne santé, t’as pas à te plaindre. Moi je galère beaucoup plus que toi. Je ne gagne que le SMIC, et je ne porte pas le deuil. En plus, il y a les impôts, les cotisations, les taxes…
LOLO_ Ça n’a rien à voir avec le fric. Même un pauvre peut être heureux.
JB_ Tout ça c’est de la théorie, mais en réalité ça ne se passe pas comme ça, il faut se démerder. Moi j’ai toute ma famille à nourrir. Il faut manger, boire, les clopes… Et voilà, rame, débrouille toi.
LOLO_ Le spectacle va bientôt commencer.

JB_ La mouette, elle ne fait pas de nid. Elle ne fait pas de trou dans un arbre ou dans les rochers comme les autres oiseaux. En fait, elle dépose ses œufs, directement sur le rivage, sur les cailloux. Elle agit, comment dire… ouvertement, sincèrement. Elle ne se cache pas. Mais ses œufs on ne les voit pas, ils sont gris, ils sont invisibles. On dirait des galets. Alors les gens, ils passent, ils se baladent sur la plage, ils regardent, mais ils ne les voient pas. Tu marches, tranquille au bord de la mer et là crac, sous ton pied… Tu te retournes… Une flaque jaune… T’as écrabouillé un œuf… Alors tu regrettes, t’es dégouté, tu voulais pas, casser l’œuf… Mais tu l’avais pas vu, franchement c’est pas de ta faute, tu l’avais pas vu… Et tu rentres chez toi, et t’as des remords… Tu te dis que t’as quand même homicidé le petit poussin mouette, tu l’as avorté quoi… T’as mauvais conscience… Moi je me demande toujours si je suis le type qui écrase l’œuf ou l’œuf qui se fait écraser. En tous cas, ça fait une grosse omelette, une omelette bien baveuse qui glisse entre les doigts…

GABY à JB _ Tu fais quoi là ? Tu veux faire quoi ? C’est un fusil de théâtre ! Tu veux faire comme lui c’est ça ? Préparer le fusil, mettre une chevrotine et tirer ? Lui au moins, il savait que les suicides au fusil de chasse ratent si tu vises la tempe, le front ou le cœur, le recul détourne le canon de sa cible. Il faut tirer dans la bouche, elle le maintient et il n’y a pas d’erreur possible. Abruti ! Lui il n’a pas annoncé son suicide, parce que l’annoncer c’est y renoncer. Il murissait ce qu’il faisait. Il était déterminé. Il ne faisait pas son cinéma. Une fois décidé, rien ne l’arrêtait. Son regard n’était plus dans le monde qui l’entourait, mais seulement sur la cible qu’il visait. Cinéma là !

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